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Il y a beaucoup de jubilation – mêlée, sans doute, à son lot de sueurs froides – quand, aux premiers jours d’une transformation, papiers peints sont décollés, moquettes arrachées, cloisons abattues, murs entrouverts ou dalles éventrées. Parmi les sacs de débris, les lambourdes enchevêtrées et les vieux lavabos en attente d’évacuation, le chaos semble s’être installé, duquel nul retour – vers un temps où le lieu était encore exploitable – n’est plus possible. L’intervention a beau avoir été pensée, discutée, dessinée, rediscutée, redessinée, chiffrée et planifiée, elle ouvre sur une situation qui n’a de cohérence complète que dans l’image que nous – les architectes – nous en sommes faite.
Il s’agit donc, dans un premier temps, de tenter de voir, de cerner, de définir cette image que l’on sera amené, des mois durant, à affiner. Dans d’incessants trajets mentaux entre la situation existante et l’ébauche d’un projet en constant devenir, le premier geste est de tracer le cadre dans lequel s’inscrira le projet, de déterminer, par une lecture du lieu, quels éléments du contexte existant méritent d’être conservés, ou, plus précisément, sur lesquels de ces éléments le projet à venir pourra se fonder : dans quel cadre venir l’insérer.
Car nos projets ont en commun d’avoir été traités, consciemment, comme des insertions. Quels qu’aient été leur contexte ou leur échelle, ils ont été développés dans un rapport direct avec leur cadre environnant. Il ne s’est cependant jamais agi d’établir, entre le sujet et son fond, un rapport d’équivalence : c’est par un décalage entre les deux, en effet, que les projets trouvent leur sens, leur force, l’apparente évidence qui viendra faire oublier le désordre qui l’a précédée, qu’il ait été intrinsèque au lieu de l’intervention ou qu’il soit celui-là même de son exécution.
L’intérêt que nous portons à notre métier réside tout entier dans la recherche patiente de cette évidence, dans le façonnage de l’idée retenue, la cohérence de son modelage : le concept – la perception de ce fil imaginaire qui relie entre eux les détails, et les détails à leur ensemble – se doit d’être conséquent ; sa réalisation se doit d’être évidente.

 

Alexis Burrus